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Voir et entendre |
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L'Amour |
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La Connaissance est limitée |
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Rapports humains |
Voir et entendre
Voir est une des choses les plus
difficiles au monde : voir ou entendre, ces deux perceptions sont semblables.
Si vos yeux
sont aveuglés
par vos soucis, vous ne pouvez pas voir la beauté d'un coucher
de soleil. Nous avons, pour la plupart, perdu le contact avec la nature.
La civilisation nous concentre de plus en plus autour de grandes villes
: nous devenons de plus en plus des citadins, vivant dans des appartements
encombrés, disposant de moins en moins de place, ne serait-ce
que pour voir le ciel un matin ou un soir. Nous perdons ainsi beaucoup
de beauté. Je ne sais pas si vous avez remarqué combien
peu nombreuses sont les person-nes qui regardent le soleil se lever
ou se coucher, ou des clairs de lune, ou des reflets dans l'eau.
N'ayant plus ces contacts, nous avons une tendance naturelle à développer
nos capacités cérébrales. Nous lisons beaucoup, nous
assistons à de nombreux concerts, nous allons dans des musées,
nous regardons la télévision, nous avons toutes sortes de
distractions. Nous citons sans fin les idées d'autrui, nous pensons
beaucoup à l'art et en parlons souvent. A quoi correspond cet attachement à l'art
? Est-ce une évasion ? Un stimulant. Lorsqu'on est directement en
contact avec la nature lorsqu'on observe le mouvement de l'oiseau sur son
aile; lorsqu'on voit la beauté de chaque mouvement du ciel; lorsqu'on
regarde le jeu des ombres sur les collines ou la beauté d'un visage,
pensez-vous que l'on éprouve le besoin daller voir des peintures
dans un musée. Se libérer
du Connu
L'Amour
Avoir de la sensibilité c'est aimer. Le mot aimer
n'est pas l'amour. L'amour ne peut pas être divisé en amour
de Dieu et amour pour l'homme, ni peut-il être mesuré en
tant qu'amour pour une personne ou pour l'humanité. L'amour se
donne lui-même
en abondance, comme une fleur donne son parfum. Mais on le mesure tout
le temps dans les relations humaines et, de ce fait, on le détruit.
L'amour n'est pas une denrée pour réformateurs ou travailleurs
sociaux; ce n'est pas un instrument politique destiné à créer
de l'action. Lorsque le politicien et le réformateur parlent d'amour,
ils se servent du mot et n'entrent pas du tout en contact avec sa réalité,
car l'amour ne peut pas être utilisé en tant que moyen pour
une fin, immédiate ou dans un lointain futur. L'amour est de la
Terre entière, non d'un certain champ ou d'une certaine forêt.
L'amour de la réalité n'est circonscrit par aucune religion,
et quand les religions organisées s'en servent, il cesse d'être.
Les Sociétés, les religions organisées, les gouvernements
autoritaires, par leurs activités diligentes, détruisent
sans le savoir l'amour qui pourrait devenir passion en acte.
Dans le total développement de l'être humain que produit une éducation
correcte, la qualité d'amour doit être nourrie et soutenue
dès les premiers pas. L'amour n'est ni du sentimentalisme ni de
la dévotion. Il est aussi fort que la mort. On ne peut pas l'acheter
avec des connaissances; l'esprit qui, sans amour, poursuit des connaissances,
fait commerce de cruauté, ne vise qu'à l'efficience. Face à la Vie
La Connaissance est limitée
Notre soif de savoir, notre désir d’acquérir
sans cesse quelque chose, nous font perdre l'amour. Nous émoussons
notre perception du beau, notre sensibilité à la cruauté.
Nous nous spécialisons de plus en plus et sommes de moins en moins
intégrés.
La sagesse ne peut pas être remplacée par des connaissances
et aucune somme d'explications ni aucune accumulation de faits, ne libéreront
l’homme de la souffrance. Le savoir est nécessaire, la science
a son utilité ; mais si l'esprit et le coeur sont étouffés
par les connaissances et si la cause de la souffrance est obnubilée
par des explications, la vie devient vaine et n'a plus de sens. Et n’est-ce
point cela qui se produit pour la plupart d’entre nous ? Notre éducation
nous rend de plus en plus creux; elle ne nous aide pas à déterrer
les couches profondes de nos êtres; et nos vies deviennent de plus
en plus inharmonieuses et vides.
L’information ou connaissance des faits, bien qu'elle augmente constamment,
est, par sa nature même, limitée. La sagesse est infinie,
elle inclut la connaissance et le processus de l'action ; mais nous saisissons
une branche et croyons que c'est l'arbre entier. La connaissance d'une
partie ne peut jamais nous faire réaliser la joie de la totalité.
L'intellect ne peut pas conduire au tout, car il n'en est qu'un fragment,
qu'une partie. De l’éducation
Rapports humains
Extrait de la causerie de J Krishnamurti à New
York City le 24 avril 1971 (source : «L’éveil
de l’intelligence» aux éditions Stock. deuxième
trimestre 1975 Chapitre 1, pages 77 à 95)
Je voudrais parler des rapports humains, de ce que
c'est que l’amour,
de l’existence humaine qui comprend notre vie quotidienne, nos problèmes,
nos conflits, les plaisirs et les peurs, et cette chose extraordinaire
que l’on appelle la mort.
Il me semble que nous devons comprendre, non pas
en tant que théorie,
ni en tant que concept hypothétique et divertissant, mais plutôt
comme un fait réel, que nous sommes le monde et que le monde
est nous-mêmes. Ce monde est chacun de nous ; le sentir, être
véritablement imprégné de cette compréhension, à l’exclusion
de toute autre, entraîne un sentiment de grande responsabilité et
une action qui doit être non pas fragmentaire mais globale.
Je crois que nous sommes portés à oublier que notre
société, que la culture dans laquelle nous vivons nous
a conditionnés, qu’elle est le résultat des efforts
du conflit des humains, de la souffrance, de la misère humaine.
Chacun de nous est cette culture, la communauté est chacun de
nous. Nous ne sommes pas séparés. Sentir ceci non pas
comme une notion intellectuelle, comme un concept, mais en vivre véritablement
la réalité, nous entraîne à examiner la
question de ce que sont les relations humaines ; par ce que notre vie,
notre existence même est fondée sur ces relations. Notre
existence est un mouvement qui se poursuit dans le sein de ces relations,
et si nous ne comprenons pas ce qu’elles impliquent, nous arriveront
inévitablement non seulement à nous isoler, mais à créer
une société où les être humains seront divisés
non seulement nationalement ou religieusement, mais encore dans leur
vie intérieure, et c’est pourquoi ils projettent ce qu’ils
sont dans le monde extérieur.
Je ne sais pas si vous avez suffisamment examiné cette question
par vous-même, a fin de découvrir si l’on peut vivre
avec un autre être dans une harmonie totale, un accord total,
de façon qu’il n’y ait aucune barrière, aucune
division, mais un sentiment d’unité complète. Ce
mot «relation» implique que nous sommes reliés -
non pas dans nos actions, dans nos projets, dans une idéologie,
mais reliés totalement dans ce sens que la division, se morcellement
qui existe entre individus, entre deux êtres humains, n’existe
plus à aucun niveau.
Faute de comprendre ces relations, il me semble
que, quand nous nous efforçons d’établir théoriquement ou techniquement
un ordre dans le monde, par force non seulement nous en viendrons à créer
de profondes divisions entre l’homme et son prochain, mais nous
serons incapable d'empêcher la corruption. Celle-ci commence
avec le manque de rapport réels ; c’est là, me
semble-t-il, la racine même de la corruption. Nos relations,
telles que nous les connaissons actuellement, sont le prolongement
d’un état de division entre les individus.
La racine primordiale de ce mot «individu» signifie «indivisible».
Un être humain qui n’est pas divisé, fragmenté en
lui-même, est véritablement un individu.
Mais la plupart d’entre nous ne le sommes pas. Nous nous figurons
l’être, et c’est pour cela qu’il y a une opposition
entre l’individu et la communauté. Non seulement il nous
faut comprendre le sens donné par le dictionnaire à ce
mot «individualité», mais il faut en pénétrer
le sens profond d’après lequel il n’y a plus de
fragmentation aucune. Cela veut dire une harmonie complète entre
l’esprit, le coeur et l’organisme physique. Alors seulement
l’individu existe.
Si nous examinons nos rapports actuels les uns avec
les autres, qu’ils
soient intimes ou superficiels, profonds ou passagers, nous voyons
qu’il y a toujours fragmentation. La femme ou le mari, le jeune
homme ou la jeune fille, chacun vit sa propre ambition, ses buts personnels
et égoïstes, enfermé dans son propre cocon. Tous
ces éléments contribuent à la construction d’une
image en soi-même, tous nos rapports avec autrui passent à travers
cette image et, par conséquent, il n’y a aucune relation
réelle directe.
Je ne sais pas si vous avez conscience de la structure
de la nature de cette image que chacun construit autour de soi et en
lui-même.
Cela se fait à chaque instant, et comment peut-il y avoir des
relations avec autrui quand existent cette élan personnel, cette
envie, cette esprit de compétition, cette avidité, et
toutes ces forces qui sont entretenues et exagérées dans
notre société moderne ? Comment pourrait-il y avoir des
relations avec un autre si chacun de nous et lancé à la
poursuite de sa propre réussite personnelle, de son propre succès
? Je ne sais pas si nous avons conscience de tout ceci. Nous sommes
ainsi conditionnés que nous l’acceptons comme étant
chose normale, le modèle Mme de la vie, chacun de nous devant
poursuivre ses propres particularités, ses propres tendances,
et néanmoins s'efforcer d’établir des relations
avec autrui. N’est-ce pas là ce que nous faisons tous
? Vous êtes peut-être marié, et vous allez au bureau
ou à l’usine ; quoique que vous fassiez pendant la durée
de la journée, c’est cela que vous poursuivez. Et votre
femme est chez elle, ayant ses propres ennuis, en proie à ses
propres vanités, avec tout ce qui se passe autour d’elle.
Et qu’elles sont alors les relations existant entre ces deux être
humains ? Au lit, dans leur vie sexuelle ? Des relations tellement
superficielles, limitées et circonscrites ne sont-elles pas
en elles-mêmes l’essence de la corruption ?
On peut se demander : comment vous proposez-vous
de vivre si vous n’allez pas au bureau, si vous ne poursuivez pas votre propre
ambition, vos propres désirs d’atteindre ou d’aboutir
? Si l’on ne fait rien de tout cela, que peut-on faire ? Il me
semble que ceci est une question absolument fausse. N’êtes-vous
pas du même avis ? Par ce que nous sommes préoccupés,
n’est-ce pas, de susciter un changement radical dans la structure
même de notre esprit. La crise n’est pas dans le monde
extérieur elle est dans notre conscience elle-même. Tant
que nous n’aurons pas compris cette crise profondément
et non selon les idées de quelques philosophes, mais jusqu’au
moment où véritablement nous comprendrons par nous-mêmes
en regardant en nous-mêmes, en nous examinant nous-mêmes,
nous serons incapables de provoquer un tel changement. C’est
la révolution psychologique qui nous préoccupe, et cette
révolution ne peut se produire que s’il y a des relations
justes entres les êtres humains.
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